Le caisson hyperbare dans la plongée scaphandre, et les accidents de décompression

caisson hyperbare

C’est là que vous risquez d’aller en cas de remontée incontrôlée, de mauvaise planification, de non respect des paliers de sécurité ou même parfois en ayant tout scrupuleusement respecté la procédure que vous avez apprise,  ceux qu’on appelle les accident de décompression immérités !

Ce 23 juin 2015, j’ai pu visiter le centre hyperbare de l’hôpital Pasteur à Nice, car je crois qu’il est important de la faire pour mieux se rendre compte.

Le chef de ce service, le docteur Kauert, que je remercie encore, nous a dressé un état des lieux plutôt positif mais qui peut encore s’améliorer.

 

L’hôpital Pasteur de Nice dispose de trois caissons hyperbare indépendants et d’une équipe bien formée. ils ne servent pas qu’à traiter des accident de décompression, fort heureusement, 60% de leur activité est liée à l’aide pour la cicatrisation de patients, sous oxygène pur (à une pression de profondeur équivalente de 18 mètres, alors que lors des paliers à l’oxygène pur, nous sommes limités à 6 mètres, la fameuse pression partielle maximale de 1,6 bar avant la crise hyperoxyque, mais le milieu n’est bien sur pas le même, moins hostile dans un caisson où tout est maîtrisé, sous contrôle médical, pas comme sous l’eau).

panneau de commande deux caissons

 

Pour rappel: L’accident de décompression est la conséquence  de l’impossibilité du filtre pulmonaire à éliminer une quantité de bulles d’azote présentes à une instant T. Les facteurs favorisants sur lesquels je reviendrais sur la fin, sont donc des circonstances qui vont soit altérer la fonction cardio/respiratoire, soit générer une quantité trop importante de bulles d’azote, soit réunir ces deux conditions au même instant.

 

Les chiffres

Revenons à nos moutons et parlons de chiffres, ceux du département des alpes maritimes par  exemple: (2014)

  • C’est en moyenne 40 accidents par an et plongeurs admis au caisson hyperbare de Pasteur (12 depuis le début d l’année 2015), essentiellement entre mai et septembre.
  • la majorité sont des Niveau 2 et 3 et les profondeurs moyennes autour des 40 mètres, et quelques moniteurs en fin de saison,
  • l’âge moyen des patients est de 40/45 ans, dont 29% de femmes (âge moyen en 1989: 30/35 ans dont 8% de femmes, ce qui montre bien que la plongée s’est bien ouverte à la gente féminine, pour notre plus grand bonheur ;-) )
  • 90% des accidents de décompression sont neurologiques dont 50% des accidents sont modulaires: atteinte de la moelle épinière ! 24% d’atteinte labyrinthique et 15% d’atteinte cérébrale

 

Fort heureusement, pris à temps et bien orientés, il y a eu en 2014 95% de rémission, 4 % sont restés avec des séquelles légères et 1% avec des séquelles graves.

 

Il est pour cela important que l’accidenté soit pris à temps: oxygène à 100% à 15 litres par minute dès les premiers symptômes, proposer de l’aspirine de 250 à 500 mg, ne pas hésiter à dire que l’on a un problème le déni étant le pire comportement à adopter !!

Tout symptôme qui survient dans les 24 heures et qui pourrait correspondre à un accident de décompression doit être considéré comme tel et doit être amené et traité au centre hyperbare!!

 

L’évacuation des victimes d’accident de décompression:

en 2013:

  • 61% étaient correctement orientés vers le centre hyperbare
  • 13% étaient envoyés vers d’autres centres hospitaliers, d’où une perte de temps énorme
  • 26% venaient par leurs propres moyens

 

en 2014: on voit une nette amélioration de la  coordination des secours

  • 78% étaient correctement orientés vers le centre hyperbare
  • 22% venaient par leurs propres moyens

 

Cela est aussi du au fait que lorsque vous contactez le cross med via le canal 16 du VHF ou encore le numéro court 196 sur votre mobile , vous êtes directement mis en relation avec un médecin qui s’y connaît en plongée, contrairement à beaucoup de médecin régulateur du samu au 15.

 

Quels sont les délais entre les premiers symptômes et la recompression ?

Le délai moyen est de 138 minutes! (moyenne en 2014 toujours)

  • 89 min pour l’évacuation, entre l’alerte et l’arrivée au centre hyperbare
  • 30 minutes entre l’arrivée, l’examen du médecin et la mise en recompression dans le caisson
  • où sont passées les 19 min restantes? c’est le délai avant l’alerte! le temps moyen qu’a mis le plongeur pour enfin se décider à dire: « j’ai un problème ça ne va pas! », 19 minutes qui pourraient lui être fatales !
  • Les 89 minutes  de l’évacuation peuvent être améliorées en 30 min si l’appel est bien orienté et traité et coordonnée par un médecin hyperbare, et amené tout de suite au centre hyperbare !

 

sas caisson voici le sas du caisson, l’intérieur n’a pas pu être photographié étant en cours d’utilisation

 

Une recompression en caisson dure en moyenne 7 heures à une pression équivalente de 30 mètres et le nombre de séances varie en fonction des cas et des pathologies.

Une atteinte vestibulaire (barotraumatisme de l’oreille interne) met en moyenne 10 jours à se remettre.

D’autres cas plus graves peuvent durer plusieurs semaines et plus, avec les risques de se retrouver paraplégique! des séances de rééducation, d’un organe en bas messieurs qui ne fonctionnera plus jamais, et tout le reste … ;-(

Il est également parfois diagnostiqué un FOP (foramen perméable ovale, au niveau du coeur), qui concerne 30% de la population mais qui n’est détecté qu’au moment d’un accident de décompression et là adios la plongée!

 

La plongée reste malgré tout cela une activité sportive cool et relaxante, à condition d’avoir une bonne hygiène de vie et d’éviter de cumuler les facteurs favorisants que voici:

repérables avant la plongée

  • l’age > 45 ans
  • le manque d’activité physique, l’obésité
  • cholestérol, infection récente (comme plonger enrhumé)
  • la tabac
  • la déhydratation (attention au café aussi)
  • excès d’alcool la veille
  • le changement de matériel, d’environnement induisant un stress
  • la reprise de la plongée après une longue période d’inactivité, il faut reprendre doucement
  • un antécédent de pathologie discale ou même d’accident de décompression

 

non repérables

  • la susceptibilité individuelle
  • le FOP

 

repérables pendant la plongée

  • les plongées saturantes, profondeur > 30 mètres avec paliers de décompression obligatoires, profils inversés, profils yoyo, plongée successive dans la même journée. Les standards généraux PADI limitent par ailleurs la plongée à 18 mètres, et entre 18 et 30 mètres, qui est la limite, est considérée comme plongée profonde, ce n’est pas pour rien.
  • l’effort ou l’essoufflement , le stress
  • le froid, qui perturbe la saturation
  • la surconsommation d’air
  • les remontées rapides
  • la manoeuvre de vasalva a la remontée
  • la toux, l’apnée au palier

 

repérable après la plongée

  • le gonflage du gilet a la bouche
  • les effort violents immédiats: remonter à l’échelle du bateau avec tout le matériel sur le dos est un effort violent immédiat, on ne s’en rend pas forcement compte
  • le déshydratation
  • la manoeuvre de vasalva, qui ne doit être effectuée qu’a la descente !
  • le tabac: on en voit encore trop qui se grillent une clope après la plongée
  • l’effort prolongé: on reste tranquille et on se repose
  • l’altitude et l’avion moins de 24h après: il ne faut pas remonter à une altitude supérieure  à 300m

 

Les accidents de décompression indiquent souvent le cumul d’une multitude de facteurs favorisants présents pour le même accident.

 

Les solutions de prévention pour ne pas en arriver là:

avant: remettre la plongée à plus tard, planifier une plongée non saturante, durcir son ordinateur, utilisation préventive du nitrox

pendant: diminuer les paramètres durée et profondeur en respectant la décompression prévue, doubler la durée du palier (attention au stock d’air quand même)

après: hydration et repos

 

il faut savoir que l’envie d’uriner après la plongée n’est pas stimulée juste par de l’eau froide comme beaucoup le disent, mais est dû à une augmentation du flux sanguin des membres extérieurs (bras et jambes) vers le coeur pendant la plongée, dû à la pression, ce pauvre petit coeur qui, saturé de liquide et donc d’eau va envoyer une bonne partie de cet excès d’eau vers la vessie pour l’évacuer, ce qui provoque une déshydratation !! il est pour cela important de bien boire, de l’eau bien sur, avant et après la plongée.

 

Difficultés inhérentes à l’activité:

La difficulté n’est pas dans la connaissance ou le repérage des facteurs favorisants.

Pour des raisons de pression psychologiques propres à l’activité, la difficulté est dans la décision de modifier son comportement. ces pressions ont trois causes majeures:

  • la plongée est une activité lourde d’investissement, entre le cout du matériel, de la séance de plongée et du temps consacré, qui prend souvent une 1/2 journée par séance, ce qui inhibe la modération des ambitions premières.
  • la plongée est une activité de groupe qui génère le non-dit, afin de ne pas limiter les autres membres, genre « je vais me taper la honte auprès des autres ils vont m’en reparler pendant 10 ans » etc
  • la plongée est une activité machiste, la testostérone favorise la prise de risque, genre « je suis le beau gosse je ne crains rien », pour impressionner les filles sur le bateau

 

En conclusion:

Aucun plongeur ne mérite bien sûr un accident  de décompression !

Par conséquent et pour notre sécurité, pour ne pas se retrouver dans un caisson hyperbare, nous devons attacher plus d’importance à notre comportement plutôt qu’à notre procédure de décompression.

Ne prenez pas de risque inutiles, nous n’avons qu’une vie, et elle peut très vite basculer !



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